Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque

Le musée d’Orsay propose un voyage étonnant, déroutant et dépaysant au sein de l’univers tout à fait particulier et unique du peintre Henri Julien Félix Rousseau. Celui-ci est plus connu sous le pseudonyme du Douanier Rousseau, qui lui a été attribué par son ami Alfred Jarry, en raison du poste qu’il occupait à l’octroi de Paris. Le peintre autodidacte est né dans une famille modeste à Laval en 1844, et n’a commencé à peindre qu’à l’âge de quarante ans. Sans formation académique, il forge ainsi lui-même son empreinte et son nom dans l’histoire de la peinture.

Sa formation en solitaire ne l’empêche pas toutefois de fréquenter quelques maîtres de son temps, auprès desquels il s’initiera et se sensibilisera à cet art, tels que Jean-Léon Gérôme, Félix-Auguste Clément ou encore William Bougereau.

Une fois les outils en main, Rousseau s’affranchit du style et des règles préétablis, et décide de ne suivre que ses propres principes, dictés par son imagination débordante, son lyrisme, son onirisme et ses excursions au Jardin des Plantes, se métamorphosant en voyages extraordinaires dans des contrées lointaines… Il incarne alors une définition à la fois singulière et emblématique du style naïf.

Son œuvre se fait connaître au Salon des Indépendants à partir de 1886. Entre valorisation d’une évidente nouveauté et sarcasmes sur l’apparente rudesse de son pinceau, les critiques foisonnent.

En 1893, il se consacre entièrement à la peinture, baigné dans un cercle culturel d’amis poètes ou artistes d’avant-garde. Son succès prend de l’ampleur et son œuvre intéresse les acheteurs, toutefois trop peu nombreux… C’est ainsi dans une solitude et une pauvreté relatives que le peintre s’éteint à Paris en 1910.  Son épitaphe lui rendra hommage, fruit d’une œuvre poétique de son ami Apollinaire et d’une pierre tombale sculptée par Brancusi.

Le musée d’Orsay propose une rétrospective sur ce personnage hors du commun, intitulée « Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque » et qui se tient jusqu’au 17 juillet 2016. Le parcours de cette exposition est thématique, et suit le fil conducteur d’une problématique équivoque : le Douanier Rousseau était-il un peintre archaïque, ou bien un précurseur de la peinture d’avant-garde ? C’est ce placement entre passé et futur, mais aussi entre rêve et réalité qui est ici interrogé, au travers de salles à l’atmosphère tantôt feutrée, tantôt pleine de clarté et invitant à l’évasion.  Cependant, au-delà d’une tentative de placer l’artiste dans une époque et en un lieu, cette exposition montre combien l’artiste était très justement hors du temps, et en un lieu inaccessible, un ailleurs entre le rêve et la réalité. Le commissariat d’exposition a opté pour une confrontation des œuvres du Douanier avec celles d’artistes du passé, de contemporains ou d’artistes postérieurs, permettant au spectateur de se faire lui-même sa propre idée de l’influence reçue puis exercée par le peintre. Je considère cette initiative innovante, quoique déroutante, car les œuvres du passé mises en regard avec celle du Douanier n’ont, pour la plupart, probablement jamais été vues par l’artiste… Le jugement critique et la connaissance du spectateur doivent alors intervenir afin d’éviter toute interprétation erronée.

Toutefois, cette démarche scénographique présente selon moi un atout particulier pour notre appréhension et notre perception de l’œuvre, mais aussi de la personne du Douanier. Celui-ci ayant eu peu confiance en lui en tant que peintre, et s’étant tardivement affirmé et assumé en tant que tel, est ici exposé aux côtés d’autres grands peintres de renom. Ainsi, cette exposition serait une reconnaissance nouvelle d’Henri Rousseau en tant qu’artiste à part entière.

La présentation d’une large collection d’œuvres du peintre permet d’appréhender son travail dans les différents genres picturaux. En effet, l’exposition s’ouvre sur un premier chapitre intitulé « Portraits – Paysages », le second « L’innocence archaïque », le troisième « Enfances cruelles », le quatrième « Paysages et natures mortes », le cinquième est consacré à « La Guerre », et enfin le dernier est nommé « Un aperçu du Paradis ».

Ce choix de parcours pour l’exposition est très intéressant selon moi, puisqu’il reporte à la fin de l’exposition, dans le dernier chapitre, l’iconographie bien connue et répandue à laquelle est souvent associée le Douanier. Dès la première salle, le spectateur semble entrer dans l’univers méconnu d’un peintre qu’il pensait connaître, la scénographie mettant à bas les clichés portés sur l’artiste. On découvre que celui-ci n’est pas uniquement le portraitiste de personnages bourrus ou grotesques, mais aussi celui de figures dont il émane une certaine douceur ; qu’il n’est pas seulement un peintre de scènes de natures situées dans la jungle, mais aussi de paysages anthropisés et familiers. Le spectateur suit son cheminement et apprend, de surprises en surprises, à connaître le véritable peintre qu’était le Douanier Rousseau.

Sandrine Thomas

Exposition Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque, au musée d’Orsay, Paris, du 21 mars au 17 juillet 2016

Image : Le Rêve (1910), huile sur toile du Douanier Henri Rousseau.© 2016. Digital image, MoMA, New York / Scala, Florence
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