L’Atelier en plein air : Les impressionnistes en Normandie

C’est dans un contexte français agité que le musée Jacquemart André présente dans son écrin intimiste une exposition inédite qui met à l’honneur, dans un élan de chauvinisme, la douce région de la Normandie, et ce au travers du regard de l’impressionnisme. En effet, ce courant pictural et la région littorale bordant la Manche ont une histoire liée.

L’impressionnisme se créa à partir du parti pris du réalisme initié par Courbet, consistant à rejeter en art tout ce qui n’était que convention, et qui entravait une représentation spontanée de la beauté de la nature elle-même. La pose du sujet, les règles, le cadre même de l’atelier sont alors apparus comme des carcans aux yeux de peintres comme Monet, Renoir, Pissarro, sous l’égide du précurseur du mouvement Édouard Manet.

Le courant de l’impressionnisme est donc né au milieu du XIXème siècle et proposa une vision libérée de la nature, soumise aux changements dus à ses caprices, mais aussi au regard personnel et intime du peintre. Le traitement de la lumière et de la couleur sont remis en question, puisque les artistes, qui peignent désormais en plein air, se libèrent des dégradés conventionnels du clair-obscur pour faire face à la vivacité des contrastes de la lumière du soleil.

Le travail du peintre se modifie, sous l’impulsion de Claude Monet. La représentation picturale du sujet in situ doit s’achever d’un seul tenant, en raison de l’évolution des conditions climatiques, influant sur l’éclairage et les couleurs. La touche devient alors rapide, les couleurs pures sont appliquées directement sur la toile. C’est ce manque de précision et cette apparente promptitude qui en ont fait un mouvement fortement blâmé par les critiques ; et c’est d’ailleurs l’un deux qui donna le nom d’ « impressionnistes » aux peintres du mouvement.

Par le goût particulier porté aux jeux de lumière et aux couleurs, l’impressionnisme fit des marines son sujet de prédilection, et c’est ainsi au bord de la mer la plus proche de Paris (lieu de toutes les expositions et de l’effervescence artistique), c’est-à-dire la Manche, que le groupe posa ses chevalets. La région de la Normandie devint alors la muse des peintres. Le développement du chemin de fer dans les années 1850 en fit une destination accessible à la population bourgeoise parisienne, qui déambule sur les plages de Dieppe, Cabourg, Houlgate, Trouville puis Deauville.

Parmi les artistes impressionnistes ayant travaillé en Normandie, on retiendra non seulement Monet, Pissarro, mais aussi Caillebotte, Corot, Courbet, Berthe Morisot, et le peintre normand par excellence né à Honfleur, Eugène Boudin.

Le début de l’exposition « L’atelier en plein air. Les impressionnistes en Normandie » au musée Jacquemart-André ne manque pas de rappeler l’héritage anglais de la Normandie, qui est non seulement historique mais aussi artistique, puisque Turner et Bonington notamment, se sont illustrés quelques temps auparavant dans la représentation des ruines et des plages normandes…

Outre les paysages naturels sauvages et pittoresques, l’exposition nous plonge aussi dans l’intimité de la vie du XIXème siècle en Normandie, en nous livrant des détails sur les réunions des peintres du groupe à la ferme Saint-Siméon, l’activité des ports, les loisirs, notamment caractérisés par les bains de mer notamment, mais aussi par les promenades et les toilettes des plaisanciers…

Enfin, le point d’innovation de cette exposition – qui s’attèle au sujet largement traité des impressionnistes – est aussi de faire découvrir au public des peintres oubliés, ayant également apporté leur contribution à la représentation sensible du paysage normand, et même à une certaine innovation dans la technique de la représentation picturale de la nature

Pour conclure, je dirais que cette exposition est très intéressante, tant pour les familiers de l’impressionnisme que pour ceux qui ne les connaissent pas encore, puisqu’elle pousse à une connaissance presque documentaire d’un lieu et d’une époque, révélant des œuvres méconnues et novatrices, en avance sur leur temps, des innovations techniques des grands peintres du courant, mais aussi des œuvres de peintres oubliés, tout en valorisant la beauté et l’éclat des peintures impressionnistes qui en ont fait leur succès dans le monde entier…

 

Sandrine Thomas

 

« L’atelier en plein air. Les impressionnistes en Normandie » au musée Jacquemart-André (158, boulevard Haussmann, 75008 PARIS), du 18 mars au 25 juillet 2016.

Image : Claude Monet (14 Nov 1840 – 5 Dec 1926), Etretat, La porte d’Aval, bateaux de pêche sortant du port, vers 1885, huile sur toile, 60 x 81 cm, Dijon, musée des Beaux-Arts. Credit: Photo (C) RMN-Grand Palais / Gérard Blot / Christian Jean

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